Patrimoine

L’orgue de Sceaux prend le large en Bretagne

Dans le cadre du chantier de l’église Saint Jean-Baptiste à Sceaux, l’orgue a été déposé début décembre 2020 et transporté en Bretagne pour être restauré jusqu’à la fin du premier semestre 2022. La Ville reçoit le soutien financier de la Région Île-de-France pour mener à bien cette restauration. 

Un démontage soigneux et colossal 

L’orgue de l’église Saint Jean-Baptiste est composé d’un buffet datant du début du 18e siècle et d’une partie instrumentale fabriquée au 19e siècle par le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll, qui est également connu pour avoir conçu l’orgue de Notre-Dame de Paris. Le démontage intégral de l’orgue de Sceaux s’est déroulé durant une semaine et demie. « Nous avons déposé à la fois la partie instrumentale composée de multiples tuyaux et le buffet et ses deux grandes armoires hautes de 5 mètres 50. Tout a été empaqueté et numéroté avec soin. C’est une véritable encyclopédie avec des milliers de pièces », explique Gwennin L’Haridon, facteur d’orgues. 

Une restauration longue et minutieuse 

3 600 heures de travail sont prévues pour restaurer l’orgue de Sceaux dans un atelier en Bretagne. « C’est un travail minutieux qui débute par une phase d’étude approfondie durant laquelle nous associons les organistes et la maîtrise d’œuvre du chantier. Des heures de travail sont ensuite nécessaires pour la soufflerie, la mécanique, le buffet et bien sûr le sommier, pièce maîtresse de l’orgue sur laquelle les tuyaux reposent », précise Pauline Freyburger, facteur d’orgues et spécialiste en tuyauterie. L’orgue restauré sera intégralement monté en atelier afin de vérifier que tout fonctionne parfaitement, puis démonté en partie pour le transport, avant d’être remonté et accordé dans l’église Saint Jean-Baptiste. 

> La paroisse reste ouverte pendant le chantier de l’église. Une souscription pour la restauration du mobilier liturgique est ouverte sur paroisse-sceaux.fr 

Témoignage

Dans le cadre du chantier de l’église Saint Jean-Baptiste à Sceaux, l’orgue a été déposé début décembre 2020 et transporté en Bretagne pour être restauré jusqu’à la fin du premier semestre 2022. Les facteurs d’orgues Gwennin L’Haridon et Pauline Freyburger nous présentent les coulisses de leur intervention à Sceaux et les secrets de leur métier. 

Quelles sont les particularités de l’orgue de Sceaux ? 

L’orgue de l’église Saint Jean-Baptiste est composé d’un buffet datant du début du 18e siècle et d’une partie instrumentale fabriquée au 19e siècle par le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll, qui est également connu pour avoir conçu l’orgue de Notre-Dame de Paris.

Comment s’est déroulée la dépose de l’orgue ? 

Le démontage intégral de l’orgue de Sceaux s’est déroulé durant une semaine et demie. Nous avons déposé à la fois la partie instrumentale composée de multiples tuyaux et le buffet et ses deux grandes armoires hautes de 5 mètres 50. Tout a été démonté, empaqueté et numéroté avec soin. C’est une véritable encyclopédie avec des milliers de pièces. Ce qui est intéressant lorsqu’on démonte un orgue, c’est de repérer d’où viennent les problèmes, notamment en ce qui concerne les sons et les mécanismes. L’orgue est un instrument à vent actionné par un clavier, un pédalier et une soufflerie. Il fonctionne donc avec des soufflets, un peu comme un accordéon. 

L’orgue se trouve désormais dans votre atelier en Bretagne pour être restauré. Comment allez-vous procéder ? 
Pour cette restauration, la ville de Sceaux a reçu le soutien financier de la Région Île-de-France. 3 600 heures de travail sont prévues pour restaurer l’orgue dans notre atelier. C’est un travail minutieux qui débute par une phase d’étude approfondie durant laquelle nous associons les organistes et la maîtrise d’œuvre du chantier. Nous discutons par exemple de l’état de la tuyauterie et échangeons pour savoir ce qu’il convient de faire très précisément. Des heures de travail sont ensuite nécessaires pour la soufflerie, la mécanique, le buffet et bien sûr le sommier, pièce maîtresse de l’orgue sur laquelle les tuyaux reposent. Nous devons respecter les règles de restauration historique. Nous travaillons par exemple avec des colles anciennes réversibles. En ce qui concerne la tuyauterie, il y a évidemment tout ce que l’on observe en façade, ce qu’on appelle les « tuyaux de montre », mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. La plus grande partie se trouve à l’intérieur de l’orgue, dans un enchevêtrement de tuyaux, une véritable « forêt de tuyaux ». Nous traitons les tuyaux un par un, c’est un travail colossal. Ils sont souvent altérés, ce qui joue sur le son de l’instrument. C’est un peu comme en cuisine lorsque les épices sont mal dosées. Enfin, le buffet sera lui aussi restauré, avec notamment un décapage pour retrouver son bois d’origine. Les sculptures seront quant à elles dorées. L’orgue restauré sera intégralement monté en atelier afin de vérifier que tout fonctionne parfaitement, puis démonté en partie pour le transport, avant d’être remonté et accordé dans l’église Saint Jean-Baptiste. Il sera alors opérationnel pour au moins un siècle ! 

Gwennin L’Haridon, comment êtes-vous devenu facteur d’orgue ? 
Lorsque j’étais lycéen, la basilique de mon village dans le Morbihan était en cours de restauration. J’ai alors découvert une exposition sur la restauration de l’orgue. J’ai trouvé cette exposition passionnante, avec notamment le travail sur les différents matériaux (bois, peaux, cuir, métal…) et l’intervention sur les monuments historiques. C’est un métier qui touche à tout. C’est un travail artistique lorsqu’on parle des sculptures sur bois, mais il y a aussi toute une réflexion sur les mécanismes. J’ai alors fait un stage chez un facteur d’orgues, puis un apprentissage de 5 ans à Strasbourg et à Nantes. Aujourd’hui, ce métier est une passion pour moi. C’est toujours intéressant et novateur car il existe peu d’orgues de série. Nous avons toujours quelque chose à apprendre d’un orgue.   

C’est un métier qui vous fait voyager…
Pauline Freyburger : Tout à fait. J’ai par exemple passé trois mois à l’été 2020 à la cathédrale d’Alicante dans le sud de l’Espagne pour la restauration d’un orgue. J’ai également fait plusieurs interventions en Allemagne et aux quatre coins de la France. 
Gwennin L’Haridon : De mon côté, je suis intervenu au Japon, en Corée du Sud, aux États-Unis ou encore en Afrique du Sud. Je pars parfois 4 à 5 mois à l’étranger pour un projet de création ou de restauration d’un orgue. En France, nous faisons peu d’orgues neufs, nous travaillons plutôt en restauration. En Autriche, j’étais encore il y a peu contre-maître et chef de montage dans le plus grand atelier d’Europe, Rieger Orgelbau, qui a notamment construit la Philharmonie de Paris. Dans cet atelier de 70 professionnels, j’ai dirigé la construction de grands instruments. Parmi les projets auxquels j’ai participé récemment, je peux citer la cathédrale de Vienne et ses 130 jeux, la cathédrale militaire de Bratislava en Slovaquie et celle de Daegu en Corée du Sud, pays dans lequel des églises sont créées de toutes pièces, encore aujourd’hui.