Patrimoine

Orgue de Sceaux : coup de jeune pour l’instrument séculaire

L’orgue de Sceaux est actuellement en cours de restauration dans les ateliers de la société Orglez en Bretagne. Gwennin L’Haridon, facteur d’orgues, nous présente les travaux réalisés à ce jour sur le sommier et le buffet de l’orgue.

Entretien avec Gwennin L'Haridon

L’orgue de l’église Saint Jean-Baptiste a été déposé en décembre 2020 et transporté dans vos ateliers pour être restauré jusqu’à la fin du premier semestre 2022. Où en sont les travaux de restauration ?

Gwennin L’Haridon :

Nous travaillons actuellement sur le sommier, pièce maîtresse de l’orgue de Sceaux fabriquée au 19e siècle par le facteur d’orgues Aristide Cavaillé-Coll. Le sommier accueille les soupapes de l’instrument qui commandent l’admission du vent dans les tuyaux sonores et donc la production du son. C’est en examinant les soupapes et la table que nous comprenons tous les dysfonctionnements de l’appareil. En raison des fortes chaleurs dans l’église, nous avons découvert des trous et des fentes dans le bois. En travaillant ensuite en atelier dans une pièce tempérée, entre 20 et 24 degrés et à hygrométrie contrôlée et régulée, des températures que l’instrument pourra rencontrer une fois restauré, nous avons pu examiner avec minutie les fentes dans le bois du sommier.

Notre travail consiste à les reboucher une à une. Nous utilisons des colles animales réversibles que nous faisons chauffer à 60 degrés. En séchant, la colle se fixe. Ce procédé réversible est utilisé pour les monuments historiques afin que tout ce qui est ajouté puisse facilement être ôté en chauffant à nouveau les pièces. Nous avons mis au point une recette de colle spécifique pour l’orgue de Sceaux, souple et élastique. Une des méthodes consiste à remplir les gravures de colle puis à les vider afin d’apporter un voile d’étanchéité souple et de boucher les fentes. Nous avons également changé les joints en feutres sur la boîte expressive de l’orgue qui entoure un ensemble de tuyaux utilisés pour faire varier le son. 300 heures de travail sont nécessaires pour remettre en état le sommier.

Qu’en est-il du buffet de l’orgue ?

Gwennin L’Haridon :

Le buffet, qui date du début du 18e siècle, va être totalement décapé afin de retrouver son bois d’origine. Nous débutons tout juste nos travaux. Nous avons mis au jour des signatures présentes sur la partie arrière de l’orgue, à l’endroit même où les souffleurs d’orgue pompaient pendant que l’organiste jouait, avant l’installation d’un ventilateur. Nous avons réussi à conserver ces témoignages d’un temps révolu. Ce n’était pas une mission facile puisqu’il a fallu conserver une très fine peinture couleur ocre ainsi que des signatures au crayon à papier, tout en enlevant l’épaisse couche de suie qui était collée. Nous avons mis au point des dilutions spécifiques de produits pour réaliser cette petite prouesse !

Restauration de l'orgue

La Ville reçoit le soutien financier de la Région à hauteur de 70 652 euros pour mener à bien la restauration de l’orgue dont le coût global est estimé à 235 505 euros.